Manifeste de fondation

Sui iuris signifie « de son propre droit » : autonome, capable d'agir en son nom et de conduire ses propres affaires.

Être autonome ne signifie pas être seul.
Et être conscient ne signifie pas seulement comprendre ce qui nous entoure.

Qui suis-je réellement ?

Pas seulement ce que l'on m'a appris à être. Pas ce que les attentes des autres, les normes, les expériences ou les circonstances ont progressivement construit.

Mais ce qui correspond réellement à ma manière de percevoir, de décider, de créer, de travailler, d'aimer, de contribuer et d'exister parmi les autres.

C'est le fondement de SUI IURIS :

se comprendre suffisamment pour pouvoir vivre depuis un axe qui nous appartient.

Car nous souffrons souvent des décisions que nous ne prenons pas, ou de celles que nous prenons depuis un axe qui n'est pas le nôtre.

Se connaître ne sert donc pas simplement à pouvoir dire « voilà qui je suis ».

Se connaître sert à choisir.

« Le chemin qui mène au bonheur demande parfois de renoncer à la facilité, pour suivre les exigences de sa volonté au plus profond de soi. »

Laurent Gounelle, L'Homme qui voulait être heureux (2008)

Se connaître sans s'enfermer

Mais la connaissance de soi peut elle aussi devenir une prison si elle ne s'accompagne pas d'une conscience plus large.

Être soi ne signifie pas considérer son propre regard comme la mesure de toute chose.

C'est même probablement l'inverse.

Plus je sais qui je suis, moins j'ai besoin que l'autre me ressemble pour préserver mon identité.

Je peux rencontrer une idée divergente, opposée, dérangeante, minoritaire ou avant-gardiste et essayer de comprendre depuis quel point de vue elle devient cohérente.

Comprendre ne signifie pas approuver.

Comprendre permet de suspendre suffisamment le jugement pour regarder une réalité depuis un endroit qui n'est pas le nôtre.

Puis de revenir à soi et de décider.

« Parfois, il suffit de changer de perspective pour voir la lumière. »

Dan Brown, Le Symbole perdu (The Lost Symbol, 2009), traduction française du passage anglais

C'est là que la conscience et l'autonomie se rejoignent :

être suffisamment ouvert pour remettre en question son regard, et suffisamment ancré pour choisir ensuite ce que l'on fait de ce que l'on a découvert.

Choisir plutôt que subir

Nous ne choisissons pas tout ce qui nous arrive.

Mais nous pouvons progressivement reprendre la responsabilité de ce que nous faisons avec ce qui nous arrive.

Vivre consciemment, ce n'est pas contrôler sa vie.

C'est devenir davantage acteur de ses décisions.

Ne plus systématiquement décider par peur, par conformité, pour être reconnu, pour répondre aux attentes ou simplement parce que « les choses se font comme ça ».

L'autonomie commence aussi lorsque nous apprenons à distinguer ce qui nous appartient de ce qui appartient aux autres.

Ce que les autres penseront de nos choix leur appartient.

Faire ces choix nous appartient.

Et cette autonomie trouve nécessairement une limite : celle de l'autonomie des autres.

« La seule raison qui puisse légitimement autoriser les hommes, individuellement ou collectivement, à intervenir dans la liberté d'action de l'un d'entre eux est la protection de soi-même. »

John Stuart Mill, De la liberté (On Liberty, 1859), chap. I, traduction du texte anglais

Être autonome ne consiste donc pas à pouvoir tout faire.

C'est pouvoir choisir son propre chemin sans confisquer aux autres la possibilité de choisir le leur.

De l'autonomie à la communauté

Il existe pourtant un paradoxe apparent.

Si chacun cherche son propre axe, comment construire quelque chose ensemble ?

Justement.

Une communauté consciente n'a pas besoin que tous ses membres deviennent identiques.

Elle a besoin de personnes capables d'être elles-mêmes sans avoir besoin d'annuler ce qui est différent d'elles.

Chacun arrive avec son histoire, sa sensibilité, ses compétences, ses contradictions, ses connaissances et sa manière particulière de regarder le monde.

L'un voit ce que l'autre ne voit pas. L'autre pose une question à laquelle personne n'avait pensé. Une opposition oblige parfois tout le groupe à regarder un problème autrement.

Une idée considérée hier comme absurde peut devenir la solution de demain.

La différence cesse alors d'être un obstacle à la construction collective. Elle en devient une matière première.

Et quelque chose devient possible :

une vision qui n'appartient totalement à personne parce qu'elle est née de la rencontre de plusieurs consciences.

Être soi pour pouvoir faire « nous »

SUI IURIS ne défend donc pas une autonomie individualiste.

Il défend presque son contraire :

l'idée que des individus réellement conscients et autonomes peuvent construire un collectif plus conscient.

  • Des personnes différentes.
  • Conscientes de ce qu'elles sont.
  • Capables de penser par elles-mêmes.
  • Capables aussi d'écouter réellement ce qui les contredit.
  • Capables de faire évoluer leur vision sans renoncer à elles-mêmes.

Et suffisamment autonomes pour mettre leurs singularités au service de quelque chose qui les dépasse.

Car l'autonomie ne trouve pas seulement son sens dans ce qu'elle nous permet de devenir individuellement : elle prend une autre dimension lorsque ce que nous sommes capables de faire devient utile à d'autres.

« […] nous ne sommes vraiment conscients de notre propre valeur que lorsque nous sentons que notre existence et notre comportement apportent quelque chose à la communauté, c'est-à-dire lorsque nous pouvons nous dire : "Je suis utile à quelqu'un." »

Ichiro Kishimi & Fumitake Koga, Avoir le courage de ne pas être aimé

Une vision collective peut alors émerger sans être l'imposition de la pensée d'un seul, ni le plus petit dénominateur commun entre tous.

Une vision construite par des individus conscients de ce qu'ils sont et capables de mettre leurs différences en commun.

C'est peut-être ainsi que l'on peut commencer à construire un monde meilleur pour tous.

De l'autonomie au pouvoir d'agir

L'autonomie ne vaut cependant que si elle nous rend capables d'agir.

Car lorsque des individus cessent progressivement de décider, de créer, de participer ou de croire qu'ils peuvent avoir une prise sur ce qui les entoure, ce n'est pas seulement leur liberté personnelle qui s'affaiblit.

C'est également la capacité du collectif à construire son avenir.

« L'isolement et l'impuissance, c'est-à-dire l'incapacité fondamentale et absolue d'agir, ont toujours été caractéristiques des tyrannies. »

Hannah Arendt, Le Système totalitaire, III, Points Seuil, 1972, p. 226

SUI IURIS porte donc aussi une idée simple :

retrouver de l'autonomie, c'est retrouver du pouvoir d'agir.

Non pas du pouvoir sur les autres.

Du pouvoir sur ce que nous pouvons décider, créer, apprendre, entreprendre et apporter.

Construire plutôt qu'attendre

Cette idée vient aussi de mon propre parcours.

Pendant longtemps, j'ai eu des idées que je protégeais tellement qu'elles finissaient parfois par rester dans mes cartons.

J'attendais le bon partenaire. Le bon investisseur. Le bon contexte. Le bon moment.

Certaines idées ont fini par être réalisées ailleurs. D'autres n'ont simplement jamais existé.

J'en ai retenu quelque chose :

une idée protégée du monde au point de ne jamais le rencontrer ne peut pas le transformer.

Et surtout : seul, on peut imaginer énormément de choses.

Mais seul, on change difficilement le monde.

SUI IURIS est aussi né de cette envie de passer de l'idée à l'expérience, de l'individu à la rencontre et de la réflexion à la construction.

Olivier Serpollier

Olivier Serpollier
Entrepreneur & créateur

Une maison de projets

C'est pourquoi SUI IURIS peut réunir des projets qui, vus de l'extérieur, semblent n'avoir presque rien en commun.

Connaissance de soi Conscience Human Design Technologie Intuition Intelligence artificielle Entrepreneuriat Création Accompagnement Transmission Expérimentation

Certains permettent de mieux comprendre qui nous sommes. D'autres nous donnent les moyens techniques de devenir plus autonomes.

Certains nous confrontent à d'autres manières de voir. D'autres permettent de transformer une idée en quelque chose de concret.

Le médium change.

L'intention reste la même : augmenter notre capacité à nous comprendre, à comprendre l'autre, à choisir, à créer et à contribuer.

SUI IURIS n'est donc ni une méthode ni une doctrine.

C'est une maison de projets, d'idées et d'expérimentations autour de la conscience et de l'autonomie.

Ici et maintenant

Nous pouvons apprendre de notre passé. Nous pouvons imaginer l'avenir.

Mais le seul endroit depuis lequel nous pouvons décider, créer ou changer quelque chose reste le présent.

« Puisque ni le passé ni le futur n'existent, parlons de maintenant. Ce n'est ni hier ni demain qui décide d'aujourd'hui. C'est ici et maintenant. »

Ichiro Kishimi & Fumitake Koga, Avoir le courage de ne pas être aimé

SUI IURIS ne sera probablement jamais terminé.

Des projets apparaîtront. Certains disparaîtront. Des convictions évolueront. Des rencontres changeront les trajectoires.

Des idées que nous considérons justes aujourd'hui seront peut-être remises en question demain.

Et c'est précisément ce que permet une conscience vivante.

Parce qu'une conscience incapable d'évoluer devient une certitude.

Et qu'une autonomie incapable de rencontrer l'autre devient un isolement.

L'ambition de SUI IURIS est ailleurs : mieux comprendre qui nous sommes, élargir suffisamment notre conscience pour comprendre ce qui ne nous ressemble pas, choisir plutôt que subir, retrouver notre capacité d'agir, puis mettre nos singularités en commun pour essayer de construire un monde meilleur pour tous.

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